La scolarisation des jeunes français de l’Étranger

 

Parmi les préoccupations prioritaires des français qui résident à l’étranger « l’éducation des enfants » arrive en

2nde position ( juste après la « lutte contre le chômage »), c’est dire si c’est une question importante.

Pourtant les revirements politiques des 10 dernières années ont ruiné la politique de scolarisation des Français de l’étranger et opéré des dommages irréversibles ;

 

A ce jour , seul 1 jeune expatrié sur 7 est scolarisé dans le réseau des lycées français.

 

Pour comprendre la situation , quelques chiffres :

 

1 – Le nombre de français expatriés

Ce chiffre reste très empirique, car l’inscription au Registre Consulaire (RC) est facultative ; Il y avait 1.7 Millions de français inscrits au RC au 31.12.2015 (soit une hausse de 90 % depuis 1995) , mais ils sont donc beaucoup plus nombreux si on tient compte des non inscrits.

Le MAE ( Ministère des Affaires Etrangères) fait état d’environ 2.5 Millions de français expatriés ; L’INSEE avec une approche plus statistique arrive à environ 3.5 Millions de français expatriés.

 

2- Les moyens éducatifs mis en place

Depuis 1990 , le réseau des établissements scolaires français de l’étranger est animé par l’AEFE ( Agence pour l’Enseignement Français à l’Etranger ) , Etablissement Publique qui dépend du MAE ;

 

L’AEFE distingue 3 types d’établissements

- Les EGD ( établissements en gestion directe ) : ceux où la prise en charge par l’AEFE est la + importante ; il y en a 74 , et ce chiffre n’a pas bougé depuis 15 ans !

- Les Etablissements Conventionnés : ce sont les établissements qui ont choisi de passer avec l'Agence un accord contractuel , et bénéficient ainsi d’une prise en charge partielle de l’AEFE ; il y en avait 194 il y a 15 ans , il en reste 156 à ce jour (soit une diminution de 20 %) ;

- Les Etablissements Homologués : ils n’ont passé aucune convention avec l'Agence et ne bénéficient pas d'aide directe. Ils sont simplement, associés aux actions de formation et bénéficient du conseil pédagogique de l’AEFE . il y en avait 145 il y a 15 ans , il y en a 264 à ce jour , soit une augmentation de 80 %

Dans sa mission , l’AEFE s’appuie donc sur ses propres Etablissements et sur un réseau d’Etablissements privés indépendants, gérés par des associations et des fondations sur lesquels elle n’a qu’une faible visibilité, et qui aujourd’hui sont les seules à créer de nouvelles places :

Au total ce sont 494 établissements qui relèvent de l’AEFE;

 

3 - A qui profite cet enseignement

 

En 2015 , les 494 établissements scolaires homologués AEFE accueillaient 330.000 élèves, mais dont : 206.000 étrangers et seulement 124.000 français ( soit 38 % ) ; Il y a un peu plus de 10 ans , la proportion de français dans les Lycées français était de près de 50 % .

Ce qui signifie plus globalement qu’ à ce jour : 600.000 jeunes français ne sont pas scolarisés dans les lycées français !

Seul 1 jeune français sur 7 ( 15% ) reste dans le système scolaire français quand il quitte la France.

 

4 – Comment expliquer un tel échec

 

4.a- Des Lycées Français trop chers

 

Globalement l’AEFE ne prend en charge actuellement que 26% du budget annuel des établissements de son réseau, ce qui en laisse 74% à la charge des parents !

 

Les frais de scolarité sont devenus peu à peu prohibitifs , en conséquence de quoi le nombre de français s’est effondré ;

- Frais de scolarité moyens en 2007 : 3.054 €

- Frais de scolarité moyens en 2015 : 4.900 € ( +60 % en 8 ans)

Avec des disparités considérables : Lycée Français le + cher dans le Monde : New-York avec 21.000 € / an Lycée Français le - cher dans le Monde : Madagascar avec 230 € / an

 

Les français de l’étranger ont clairement été abandonnés par les gouvernements successifs ; sinon comment expliquer une telle inégalité de traitement :

L’Education Nationale consacre plus de 11.100 € / élève résidant en France; L’AEFE consacre 1.545 € / élève expatrié

 

4.b- Des Lycées Français trop peu nombreux

 

Le nombre d’expatriés a presque doublé en 20 ans , alors que le nombre d’établissements a augmenté de seulement 20 % sur les 15 ans écoulés; de plus les pays de destination ont changé ; c’est pourquoi actuellement de nombreux pays ne proposent même pas ou trop peu de Lycées Français !

 

5 – Le problème structurel de l’AEFE :

 

L’AEFE se trouve écartelée entre deux Ministères : l’Education Nationale ( qui garde la mainmise sur le contenu éducatif ) et le MAE ( son ministère de tutelle) , qui n’ont pas toujours les mêmes objectifs;

La mission même de l’AEFE , est d’ailleurs ambigüe , puisque indépendamment de : « assurer le service public de l’instruction scolaire des enfants français de l’étranger » , elle doit aussi : « contribuer au rayonnement de la culture et de la langue française à l’étranger » et gérer à ce titre l’accueil des enfants étrangers ;

 

6 – Nos propositions de Solutions

 

6.a - Relancer la crééation d’établissements

 

La plus grosse difficulté en la matière , c’est le financement de l’immobilier ;

Néanmoins , c’est un faux problème , car dés lors que vous avez l’assurance de pouvoir remplir les établissements , vous avez donc l’assurance de pouvoir payer les loyers et de rentabiliser l’investissement ;

Il faut donc organiser des levées de fonds , comme cela a été fait récemment à Londres où une initiative remarquable a été menée ( « le plan école »), et où pas moins de 5 établissements ont vu le jour en seulement 8 ans (2 Ecoles Primaires , 2 Collèges et 1 Lycée ) et 2 autres sont à venir dés l’an prochain …., soit une augmentation de 35 % du nombre de places alors qu’il ne s’en était plus créé depuis 1917 !

Pour y parvenir ils ont créé une Fondation (en associant élus, entreprises françaises implantées sur place et parents) , qui gére la partie immobilière; Puis ils ont mis en place des associations de parents pour gérer l’enseignement ;

Ce qui permet désormais à Londres , d’être la ville dans le monde où les enfants français sont le plus scolarisés dans le réseau de l’AEFE : 37% !

6.b - Trouver de nouveaux financements

 

Plusieurs pistes sont actuellement mal ou pas du tout exploitées, qui pourraient pourtant augmenter rapidement les ressources de l’AEFE, comme par exemple :

- développer des filières technologiques pour pouvoir collecter de la taxe d’apprentissage

- renforcer les partenariats avec les grandes entreprises et les institutions financières comme le fait la Mission Laïque

- ouvrir des écoles d’entreprises dans le cadre des budgets de compensations obligatoires sur les gros contrats internationaux

- rapprocher les LFE des systèmes d’enseignement des pays d’accueil pour qu’ils puissent bénéficier d’aides locales , en tant qu’écoles de substitution ( comme c’est le cas dans certains länders Allemands ) ; n’oublions pas en effet , que les français qui scolarisent dans leur pays d’accueil , leurs enfants dans un LFE , ne coûtent rien au pays hôte , alors qu’ils paient leurs impôts et consomment sur place : ils n’ont pas à être exclus du système éducatif national parce qu’ils optent pour une voie de substitution

- l’AEFE est propriétaire de 550.000 M2 , en général très bien placés : un patrimoine de cette importance , ça se gère : il faut s’ouvrir à la mutualisation, voire mutualiser certaines activités avec des établissements du pays d’accueil !

 

6.c - Développer l’enseignement à distance

 

L’AEFE dispose de différents outils sous-exploités , comme le CNED ( Centre National d’Enseignement à Distance ) ; En effet à ce jour , le CNED ne gère que 15.000 élèves , soit moins de 5 % des élèves scolarisés par l’AEFE , alors qu’il serait un excellent moyen de palier le problème de l’éloignement géographique !!

La mise en place d’une « scolarité complémentaire internationale », existe et permet de bénéficier d’un cursus complémentaire ( qui peut porter sur différentes matières : pas seulement la langue française);

Mais une fois de plus , il faut arrêter cette politique insupportable de sélection par l’argent , car après un test réussi au Royaume Uni , de cours à la carte , le CNED a fait passer ses tarifs de 115 € à 495 € par an et par enfant : de quoi dissuader les plus enthousiastes !

 

A côté de cela , se développent en France , des offres privées de soutien scolaire via des vidéos sur Youtube pour préparer des examens: pourquoi le CNED ne fait il pas de même ?

 

6.d - Développer les offres complémentaires :

 

L’idée est simple : il faut favoriser les filières francophones au sein des établissements des pays hôtes, labellisés par l’AEFE , garantissant au moins un apprentissage courant de la langue française par ces français qui suivent l’enseignement dans les établissements locaux !

· Le label FrancEducation a été créé dans cette optique en 2012, il labellise certaines filières bilingues francophones, et il connaît un vif succès , mais il ne certifie actuellement que 91 établissements dans le monde ( en mettant à leur disposition un certain nombre de moyens pédagogiques );

· Promouvoir le DELF et le DALF (diplôme d’étude de langue française et diplôme approfondi de langue française ) diplômes officiels français de compétence en langue française , comme le sont les TOEFL et TOEIC pour la langue anglaise : des diplômes qui contribuent au rayonnement de la francophonie, alors qu’une récente étude ( de l’INSEAD) rappelle que la langue française est la 3ème langue la plus parlée dans le monde , après l’anglais et le mandarin

· Encourager les initiatives privées , pour valider des soutiens extra-scolaires, en complément de l’enseignement local , afin de favoriser la pratique de la langue française ; Il existe à ce titre Le programme FLAM : France Langue Maternelle ( encore appelé le Label des Petites Ecoles du Samedi ), initié en 2001, mais qui reste pour l’instant confidentiel ;

6.c – Les actions à mener à court terme pour parvenir à ces objectifs:

 

· offrir la gratuité totale des frais de scolarité pour les enfants de nationalité française (ce qui représente 607 M€) en s’assurant préalablement auprès des établissements conventionnés et homologués que ces frais resteront plafonnés ; cette dotation complémentaire devra être apportée par l’Education Nationale , grâce aux économies réalisées entre autres sur la suppressions de l’ARS (Allocation de Rentrée Scolaire) pour les immigrés clandestins

· donner en priorité les places dans les LFE aux enfants de nationalité française

· augmenter le nombre d’établissements , en s’inspirant du « plan école » mis en œuvre avec succès à Londres

· créer au sein de l’Education nationale un Rectorat des français de l’étranger, qui supervisera la partie pédagogique dans tous les LFE

· généraliser et compléter les offres de « scolarités complémentaires internationales » du CNED , avec des propositions soit de programmes scolaires par matières (pour les enfants scolarisés dans un établissement local), soit de programmes scolaires complets, pour permettre aux enfants éloignés d’un LFE de suivre tous leurs cours à distance

· encourager les partenariats internationaux en matière d’enseignement supérieur, pour attirer les élites étrangères et les jeunes bacheliers expatriés dans les universités et les grandes écoles françaises : exporter notre culture, c’est exporter nos valeurs

 

7 – La réussite scolaire des LFE : une éducation de prestige & de qualité

 

L’AEFE peut certes se prévaloir de résultats scolaires exceptionnels : le taux de réussite au Bac est de : 95 % chez les élèves de l’AEFE ( contre 87% en France ) , mais l’article 2 de la Constitution française rappelle clairement que pour les français « la langue de la République ( et donc de tous ses enfants ) est le français »

 

La République a pour mission de permettre à ses enfants d’apprendre le Français où qu’ils soient! Si nos enfants sont abandonnés par l’Éducation nationale , ils tourneront le dos à la France, à sa langue et à sa culture!

Albert Camus disait « Ma Patrie , c’est la langue Française »

 

ALORS N’ABANDONNONS PAS

NOS JEUNES FRANÇAIS DE L’ÉTRANGER!